Babacar

Avec Babacar, France Gall signe en 1987 un retour fort, trois ans après s’être éloignée de la scène médiatique. Sur la pochette en clair-obscur de Bertrand Crouzat, son visage s’impose en silence, tandis que le titre, discret, évoque déjà une histoire singulière. L’album, réalisé avec Michel Berger, mêle engagement, douceur et profondeur, porté par une production synthétique maîtrisée et des textes ciselés. Écrit en grande partie en 1986, enregistré entre Paris et l’Italie, Babacar rassemble une équipe fidèle : Claude Engel, Jannick Top, Claude Salmiéri, Serge Perathoner, Patrick Bourgoin. Deux invités de marque, Laurent Voulzy et Jean-Jacques Goldman, participent aussi aux chœurs. Le résultat est dense, cohérent, en phase avec son époque. De Dancing Brave à Évidemment, en passant par les tubes Babacar et Ella, elle l’a, l’album témoigne d’une France Gall engagée, à la fois accessible et exigeante. Récompensée aux Victoires de la musique, l’artiste montre ici qu’elle reste une figure incontournable de la chanson française, en phase avec le public jeune comme avec les plus fidèles. Babacar devient l’un des plus grands succès de sa carrière, certifié disque de diamant.

6ème album studio
3 avril 1987

L'album

1er extrait - Babacar

2e extrait - Ella, elle l'a

3e extrait - Évidemment

4e extrait - Papillon de nuit

5e extrait - La chanson d'Azima

Les partitions

Le 3 avril 1987, France Gall est de retour dans les bacs avec un nouvel album sobrement intitulé Babacar. Sur la pochette, photographiée en noir et blanc par Bertrand Crouzat, son visage apparaît en contre-plongée, baigné dans une lumière tamisée. Les épaules nues, les cheveux ébouriffés, le regard fuyant : tout dans cette image dit le recul, la retenue, mais aussi une forme d’appel. Depuis un mois, le titre éponyme résonne en boucle sur les radios, marquant la fin d’un silence médiatique de près de trois ans.

Durant cette période, France Gall s’est volontairement mise en retrait. Mais en 1987, le paysage musical a changé, porté notamment par l’essor du Top 50. Elle le constate elle-même : le métier s’est transformé, les artistes sont devenus des classements. Malgré tout, France Gall choisit de revenir avec un album travaillé en profondeur, pensé avec son complice Michel Berger.

L’écriture commence au printemps 1986. Dans leur maison, Berger compose, souvent en retrait, concentré, pendant que France Gall tente de concilier création et vie familiale. Les chansons naissent dans ce va-et-vient, inscrites dans un grand carnet noir, avant de prendre vie entre septembre 1986 et janvier 1987, dans plusieurs studios, entre Paris et l’Italie.

Pas de musiciens exotiques cette fois-ci. C’est une équipe resserrée, de confiance, qui entoure France Gall. Claude Engel à la guitare, Jannick Top à la basse, Claude Salmiéri à la batterie, Serge Perathoner aux claviers, Patrick Bourgoin au saxophone, et Michel Berger au piano. Pour Dancing Brave et J’irai où tu iras, deux invités rejoignent les sessions : Laurent Voulzy et Jean-Jacques Goldman. Des présences amicales et symboliques, dans une tradition d’échange entre artistes de la même génération, déjà liée par les engagements communs, comme lors des hommages à Daniel Balavoine.

Une partie de l’enregistrement a lieu en Italie, aux Lake Recording Studios de Carimate, non loin des lacs du nord. Pour France Gall, ces sessions restent un souvenir marquant : ambiance détendue, parties de baby-foot, spaghettis partagés… mais aussi enregistrement de cinq titres majeurs (Babacar, Ella, elle l’a, Urgent d’attendre, Papillon de nuit, C’est bon que tu sois là). Les autres chansons, et les voix, sont finalisées au studio Gang à Paris, sous la direction de l’ingénieur du son Jean-Pierre Janiaud.

L’album est homogène, construit dans une unité sonore et émotionnelle forte. Il ne suit pas une thématique unique, mais chaque morceau répond à l’autre, dans un souffle continu. Michel Berger y retrouve le piano abandonné sur Débranche !, et prend soin de donner à chaque titre une personnalité propre. Dancing Brave s’inspire du destin d’un cheval de course, Évidemment rend hommage à Balavoine, J’irai où tu iras évoque la fidélité. Les programmations synthétiques se mêlent à des instruments organiques, créant un équilibre moderne et chaleureux.

Au final, neuf chansons composent l’album. Une dixième, La Seule Chose qui compte, prévue à l’origine, est écartée pour des raisons de minutage mais sortira plus tard, en 2004, sur une compilation. Huit titres sont extraits en 45-tours, et plusieurs deviennent des tubes. Babacar, Ella, elle l’a, et surtout Évidemment imposent l’album comme l’un des plus grands succès de France Gall. Disque de diamant, il franchit le cap du million d’exemplaires. Aux Victoires de la musique, France Gall est sacrée artiste féminine de l’année.

Babacar est un tournant. À la fois personnel et universel, ce disque touche par son équilibre entre sensibilité, engagement et exigence musicale. Il confirme la place de France Gall comme l’une des grandes voix des années 1980, à la fois fidèle à son époque et capable de l’interpréter avec sincérité.